Azuquita Star de la Java à Paris

Né à Colon, Panama le 18 février 1946, Luiz Camilo Argumedes Rodriguez est connu dans la planète salsa sous le doux surnom d’Azuquita, Petit Sucre, que lui vaut sa voix suave.

Formé à la salsa par son père, Camilo Rodriguez, il a trainé sa bosse musicale de la mythique Fania All Stars aux non moins célèbres Sonora Matancera et Tipica 73 et côtoyé les plus grands noms de la salsa, de Tito Puente à Célia Cruz en passant par Ismael Rivera, Cortijo, Cheo Feliciano ou encore son compatriote Ruben Blades.

Des rencontres qui ont fait serpenter sa vie et son chant du Panama à Puerto Rico, de Los Angeles à New York. « J’ai vécu dans différents pays, au gré des groupes avec lesquels je jouais ». Mais depuis 1979, le voilà posé à Paris, devenu par la voie du cœur – son épouse est française – et de la naturalisation, sa seconde patrie.

L’aventure française commence en 1977, lorsque se produisant au Chapiteau de Pantin (remplacé depuis par le Zénith), il fait la connaissance de Pierre Goldman. « J’avais un week-end à passer à Paris, alors il m’a fait connaître la ville » La Tour Eiffel, les quais de la Seine, l’Arc du Triomphe mais aussi les locaux (exigus) du quotidien Libération, rue de Lorraine à l’époque.

« Il m’a présenté Serge July ». Si Goldman est surtout connu comme le militant gauchiste, pour les aficionados de la salsa il fut surtout l’homme par qui ce rythme s’est implanté en France. « Lorsque je suis reparti pour New York, il m’a demandé de lui laisser mon numéro de télephone parce qu’il avait un projet important et aurait besoin de moi – se rappelle Azuquita. Deux ans plus tard il m’a appelé. Le projet était prêt. »

Il s’agissait de faire de la célèbre Chapelle des Lombards, (l’originale, dans une ancienne chapelle, rue des Lombards) le haut lieu de la salsa. Par la grâce d’Azuquita et du enième avatar de son orchestre Melao, ce fut chose faite. Peu de temps après un dimanche matin, place des Peupliers, Paris 13è, Pierre Goldman serait assassiné .

Mais la salsa avait bel et bien fait son entrée sur la scène musicale française. « J’avais un contrat d’un mois, mais le patron de la Chapelle (Jean-Luc Fraisse) m’a demandé de le prolonger une fois , deux fois, et de prolongation en prolongation, je ne suis plus reparti. » Si ce n’est pour d’incessantes tournées mondiales.

Il manquait à ce palmarès cosmopolite à la fois une plongée dans les racines profondes de la salsa et un pèlerinage sur les traces de son père. L’un et l’autre se trouvaient à Cuba, où il s’est rendu enfin, sur un coup de tête, sur un coup de cœur, après avoir rencontré à Biarritz, à l’occasion de l’édition 2000 du Festival du Cinema Latino Américain, Los Jubilados.

La moyenne d’âge des membres de ce groupe de Son cubain étant de 70 ans, il n’est pas étonnant que Camilo Rodriguez père, star de la musique à Cuba dans les années 40, avant la révolution, ait été une de leurs idoles. Azuquita, fut accueilli en ami, en heros, en fils prodigue comme en témoigne avec tendresse et émotion, la caméra d’Yves Billon.

Le voyage a engendré un disque, enregistré dans les fameux studios d’Egrem, sur lequel Azuquita et non plus « Su Melao » mais entouré de Los Jubilados, interprètent milongas et boleros de Camilo Rodriguez, morceaux du grand Mario Merceron le père de la musique cubaine, quelques titres d’Azuquita, dont le divin « Mamita me gusta bailar el Son » qui donne lieu à une des scènes épiques du film, un hommage à son « oricha » Elegua, « Pour le remercier de m’avoir tant aidé et de m’avoir apporté la gloire, car ce disque est une porte ouverte à la gloire », un titre emprunté au repertoire de Los Jubilados, « Camaroncito Seco” ». Son auteur était un ami de mon papa, alors j’ai voulu lui rendre cet hommage.

Mais le principal hommage est à rendre au Son, qui est à la base de toute la musique cubaine, « Jamais je n’avais ainsi plongé dans le Son comme à l’occasion de ce voyage. Sans aucun doute, ma musique et moi-même avons été très marqués par ce voyage. » Et la métamorphose s’est faite sous l’oeil de la caméra d’Yves Billon…
Source Caribefolk
CD : Azuquita y Los Jubilados en Santiago de Cuba, chez Universal Jazz (sortie en septembre 2001)

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