YURI BUENAVENTURA – YO SOY

Revoilà YURI BUENAVENTURA, celui qui a installé la salsa dans ses meubles en France, qui a fait chalouper l’hexagone et lui a donné la banane avec un hymne patrimonial à la déprime, soit-disant intouchable. Derrière cette lumineuse version à contre courant de  » Ne me quitte pas « , s’est d’emblée révélé un vrai artiste, un personnage à vif qui s’en était secrètement allé concocter un authentique album,  » Herencia Africana  » dans sa Colombie natale.
 » J’ai du sang africain « ,
je suis fier d’être latino-américain  »

Ce sont, en écho à son premier album, les paroles qui renferment le second disque, le nouveau,  » YO SOY « . je suis, donc je chante, cette adaptation trafiquée d’une pensée de Descartes est la définition même de Yuri, bien qu’il soit trop modeste pour se l’attribuer.

Retour sur image, un instant : ayant sauté de son île de Buenaventura à la Sorbonne (département  » économie du milieu ambiant « ), il bifurque et se retrouve dans la jungle latino-parisienne, chanteur novice mais déterminé. Même pas une décennie plus tard, à l’aube de l’an 2000, le voilà dans les légendaires studios de Puerto Rico, un des creusets de la salsa, entouré de la crème des salseros du cru, Papo Lucca et la Sonora Poncena , des musiciens d’Eddie Palmieri. Rien que des pointures, le signe d’un vrai défi musical, avec des arrangements cinglants. Une…belle histoire, quoi !

 » YO SOY  » est un rêve de gosse qu’il a mis en œuvre avec maestria. Et avec tout autant d’obstination à revendiquer, dans ses textes, des valeurs humaines trop souvent cabossées, la condition des prolos de la banane comme celle de mère. Et, toujours, cette africanité…

Effeuillons cet album…Pour démarrer, une sorte mani-fiesta énergétique,  » SALSA « , un thème locomotive du film du même nom dû à Joyce Bunuel, du turbo-plaqué cuivres. Plus loin, pour troubler les esprits orthodoxes, voici  » SALSA-RAÏ « , avec la complicité de FAUDEL, un beau dialogue bilingue hispano-arabe. Esquissée en juillet 1997 sur le parking du studio de Peter Gabriel en Angleterre, où Yuri et faudel venaient de lier connaissance, c’est une incitation complice à briser les chaînes de l’intolérance et une ode à leur pays d’accueil. Emouvant mano a mano où les arabesques de la voix de Faudel et du violon de Djamel Ben Yelles rebondissent sur les rifs cuivrés et le soneo (textes improvisés) inspiré de Yuri.

Des reprises ? Oui, mais pas là où on les guettait, côté patrimoine hexagonal de la ritournelle, du moins rien en français. D’abord un emprunt musclé à Manu Chao, époque Mano Negra,  » MALA VIDA  » dans son espagnol d’origine rhabillé latino de chez Caraïbes. Puis toujours en espagnol, une adaptation cette fois, le  » YOUR SONG  » d’Elton John et Bernie Taupin devenu tout simplement  » TU CANCION  » qui démarre faussement sweet et se pimente en cours de route, le danzon, désuet et délicieux rythme archaïque, se métamorphose en salsa. Une reprise diablement futée.

Moins identifiables donc pas vraiment reprises, les versions Buenaventura de  » LA VIDA NO VALE NADA « , un thème du troubadour cubain Pablo Milanès fagoté en plena, le rythme de Puerto Rico, et  » CANTARES « , la version salsa d’une autre culture hispanique. Deux même, car c’est un texte du poète castillan Antonio Machado mis en musique par le chanteur-barde catalan Joan Manoel Serrat.

Ultime  » cover  » : Yuri rhabille  » LES SŒURS JUMELLES « . Après  » NE ME QUITTE PAS  » et  » UNE BELLE HISTOIRE  » qui l’ont mené au double disque d’or (200 000 exemplaires vendus), serait-ce  » la  » reprise inévitable ? ¨Pas vraiment, car notre homme pare les  » jumelles  » de Michel Legrand d’un latin-jazz instrumental avec rafale de solos, histoire de laisser parler ses compagnons de studio. Un respect pour eux qui l’entourent qui n’ est pas si courant dans cet univers. D’ailleurs, un autre instrumental,  » LOS OJOS DE LA NOCHE  » est une brève mais apaisante carte blanche solo à Papo Lucca,  » Lider maximo  » de la scène porto-ricaine et boss de la Sonora Poncena. Une leçon de piano minimaliste et une parenthèse majestueuse.

Les autres titres, comme les deux premiers cités, sont tous signés Yuri Buenaventura. Depuis la conception de son premier album, il ose s’assumer comme auteur-compositeur. En toute légitimité, sans aucun doute. Ecoutez  » YO SOY « , salsa muy picante, ou les titres qui rodent autour de cet increvable Son Cubano avec ingrédients Bolero ( » BANANO DE URABA « ) ou Danzon, ex-danse de salon ( » ESTAN QUEMANDO LA CANA « ). Celle-ci, hommage à la luxuriante végétation de sa terre et à ceux qui la travaillent, est en filigrane dans  » MANOS LATINAS « , fragile thème latin-jazz qui célèbre aussi le  » panaméricanisme « …du sud !

Restent les deux thèmes que Yuri Buenaventura a tenu à enregistrer en Colombie, à Cali, avec des amis venus tout exprès de Buenaventura son île :  » TIITO « , un Currulao, sorte d’incantation voix/percussions des esclaves noirs de Colombie, un pan d’histoire méconnu, pour ne pas dire…caché ! Enfin une Cumbia rustique,  » MADRE « , dédiée à sa mère, bien sûr, qu’il se devait d’honorer sur sa terre. Mais aussi, commente-t’il, une ode à toutes celles qui s’arrachent le pain de la bouche pour le donner à leur enfant. Yuri Buenaventura est à lui seul…une belle histoire. Ce disque, mille fois cogité pendant au moins un an, a été réalisé en à peine un mois, avec le soutien du co-producteur et directeur musical JOSE AGUIRRE OCAMPO.
Année, siècle, millénaire, Yuri est prèt à tout se coltiner.
Avec lui, le reste du monde dansera intelligent…

 

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