Mon histoire dans la danse

Ma maman chantait pour son plaisir, pour endormir ses petits, pour animer une fête de famille, mon papa a joué dans une harmonie pour son plaisir également, pour animer le village… la radio et le pick-up siégeaient dans le séjour (oh, pas de musique très « culturée » mais des sons et rythmes étaient là et bien vivants, vécus avec toute notre sensibilité).
La danse sociale était aussi présente, simple mais bien vivante, des meubles poussés et hop en avant, la piste bien utilisée dans les fêtes, tout le monde cirait le parquet, les anciens et moins anciens.
Pas de grande culture chez nous, ni musicale ni chorégraphique, nous étions loin de l’opéra ou autre manifestation de grande qualité, les ballets, le jazz, la musique classique….. non nous ne connaissions pas tout ça mais seulement l’expression populaire qui pouvait nous parvenir, et nous vivions ce que nous pouvions avoir.
Issue d’une famille ou la musique et la danse étaient vécues , certes très « petit niveau » , « populaire » mais vivant, j’ai donc assez tôt pratiqué moi aussi ces activités et avec plus de chance que certains aînés puisque j’ai bénéficié d’une formation musicale technique et de l’expérience en danse populaire de mes sœurs aînées.
Plus grand, le bonheur de vivre des loisirs musique et danse ne me quittant pas, j’ai délaissé un peu ces activités pour « assurer » ma vie matérielle puis familiale, …. les études, …une maison, les enfants … mais…. quoique, l’appel étant trop fort, des petits tours ponctuels dans ces loisirs ou j’ai pu déjà découvrir que la musique était beaucoup plus riche que ce que les médias populaires nous livraient (et oui je découvrais le classique, le jazz, les musiques du monde) et que la danse pouvait aussi ne pas être aussi basique que ce qui se pratiquait populairement (mes premiers cours de rock et salon à 18 ans, l’âge ou mes copains se limitaient au bar et/ou à la gesticulation solitaire désordonnée).
Puis quand la disponibilité « matérielle » se fit plus présente, ce fut le grand retour, d’abord la musique avec le retour à l’exécution instrumentale et sa technique, le travail théorique (et oui le feeling qu’utilisaient mes aînés était bien mais restreint) puis l’accès à l’histoire de la musique ainsi que l’accès à un grand nombre de musiques entres autres le classique et le jazz.
Puis un peu parallèle au retour musical, un retour discret à la danse avec des cours un peu limités pour un peu plus tard y retourner plus sérieusement et là pour accéder cette fois, comme ce fut pour la musique, à mes danses connues mais plus complètes, à des techniques plus précises, à une histoire, et à des danses non connues de mon passé ainsi qu’à une meilleure maîtrise des contextes d’utilisation, du milieu d’exécution.

Je suis donc passé par une phase ou je « savais » danser les danses de couple, oui je pouvais danser sans problème majeur dans mon monde (dans la mesure ou certains appellent ça danser). Puis j’ai connu une phase très déstabilisante ou après avoir « appris » à danser ces danses plus « académiquement » je n’osais plus inviter une danseuse, soit elle dansait comme « mon ancien monde» ce que je ne voyais plus dans les cours (et qui semblait sous considéré), soit je me considérais inapte (ou insuffisamment inexpérimenté) à faire danser une danseuse de ce nouveau monde.
Aujourd’hui je vois les choses plus rassurantes. Mon ancien monde n’a pas à rougir, il danse, il vit la danse, danse certes peu élaborée, de théories populaires et techniques approximatives, mais il sait en tirer plaisir, comme peuvent en tirer plaisir des chanteurs au cours de karaokés ou de réunions de familles ou d’amis, le cœur et le partage avant la technique et/ou la complexité. Mon monde plus technique n’a pas à se moquer mais n’a pas à se cacher non plus, c’est parfaitement méritant de rechercher un plaisir visuel et/ou auditif au mieux de sa richesse. C’est en quelque sorte l’art des sons et mouvements dans l’art de la fête, du plaisir social par rapport à l’art de la sensibilité (réceptive ou créative) et bien sur avec les intermédiaires possibles et pourquoi pas les deux parfaitement maîtrisés.
Et le monde de danse disons « technique » est-il vraiment à considérer comme « non social » …. Pas si sûr , c’est vrai que c’est difficile d’appliquer avec Mr ou Mme tout le monde mais en fait finalement je me suis fait plus de relations sociales avec mes groupes « techniques » établis (musique ou danse) qu’avec des Mr ou Mme tout le monde dans des lieux de Mr ou Mme tout le monde, il y aurait social et … social.
Pouvoir s’accorder, communiquer avec Mr ou Mme tout le monde, certes c’est social mais peut-être parfois trop éphémère mais c’est social « ouvert » et c’est bien aussi..

Par Jean Yves Ménard. (03/2003)

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