Sur quels temps se danse la Salsa?

Je tiens à préciser que cet article est une analyse personnelle, et que vous pouvez y apporter commentaires ou suggestions en cliquant sur mon nom en bas!

Les temps dans la musique.

La musique salsa est une musique à quatre temps, c’est à dire qu’une mesure compte quatre temps. Pour comparaison, la valse est une musique à trois temps, et un merengue à deux temps. On sent tout de suite que ces différentes musiques ont des rythmes différents. En effet, le temps 1 est toujours le temps fort, et il est généralement plus accentué que les autres. Ainsi, musicalement on entendra:
1-2-3-4-1-2-3-4 pour une salsa.
1-2-3-1-2-3 pour une valse.
1-2-1-2 pour un merengue.

Les temps dans la danse.

Comment les pas de la salsa se calent-ils au niveau des temps musicaux?

Un pas de base complet se réalise sur 8 temps, c’est à dire 2 mesures: 1-2-3-4-1-2-3-4. Dans la suite de cet article, je les nommerai 1-2-3-4-5-6-7-8 par commodité. En fait, tous les temps de ces mesures ne sont pas forcément marqués, il peut y avoir des temps « silencieux » sur lesquels on ne fait aucun pas.

Ainsi, pour une salsa cubaine, on ne marque pas les temps 4 et 8. Si je note en gras les temps sur lesquels on fait un pas, et entre parenthèse les temps « silencieux », cela donne 123-(4)-567-(8).
Et c’est pareil pour la salsa portoricaine (« sur le un »), ça se danse: 123-(4)-567-(8).
En revanche, dans la salsa colombienne, on marque tous les temps, puisque les temps 4 et 8 sont jetés ou pointés, on danse donc sur 12345678.
Mais ensuite, tout se complique…
En effet, en salsa cubaine, avec la pratique et pour ajouter du style, de nombreux danseurs suppriment les temps silencieux pour faire un tapé à la place… Et dans ce cas là, on se retrouve dans le même cas que la salsa colombienne; puisque l’on fait des pas sur tous les temps: 12345678.
Et par ailleurs, en portoricaine, il y a plusieurs manières différentes de caler ses pas au niveau des temps musicaux

Danser « sur le un » ou danser « sur le deux » en portoricaine

NB: Ce paragraphe-ci étant un peu technique, vous pouvez directement zapper au suivant si vous ne souhaitez pas vous prendre la tête!!

Le pas de la portoricaine peut se décomposer comme suit:
– deux pas avant/arrière, sur lesquels on fait le changement de direction: c’est le break.
– un pas « côté », ou pas de lien.
– un temps silencieux.

Ce qui est important, c’est le temps sur lequel on commence le break. Quand on le commence le break sur le 1 musical, on danse « sur le un ». C’est ce qui se fait dans le « Los Angeles style ». Quand on commence le break sur le 2 musical, on danse « sur le deux ». C’est ce qui se fait dans le « New-York style ». Au sein de ce style, il existe encore deux sous-variantes: le « son montuno style » et le « tipico style ».

Dans le « Los Angeles style », on fait donc le break sur les temps 1-2, le pas de lien sur le temps 3 et le temps 4 est silencieux: 123-(4)- 567-(8).

Dans la variante « son montuno », le pas de la salsa est tout simplement décalé de un temps par rapport au « Los Angeles style »: les danseurs commencent le break sur le temps 2 et non plus sur le temps 1. Le pas de lien se fait donc sur le 3 et non plus sur le 4, et c’est le temps 5 qui devient silencieux. Cela donne donc: (1)-2-3-4-(5)-6-7-8. Les pas sont strictement identiques, le seul changement par rapport au Los Angeles style c’est le temps sur lequel on commence le pas.

Dans la variante « tipico », le pas est légèrement différent: au lieu de faire le pas de lien après le break, on le fait auparavant, sur le 1. Les danseurs font donc toujours leur break sur les temps 2 et 3 comme dans la variante « son montuno », mais ils font leur pas de lien sur le 1 et non pas sur le 4. Au final, on marque donc en fait les mêmes temps que ceux de la salsa « Los Angeles » style, mais avec un pas différent: 123-(4)-567-(8).

Le tableau suivant compare ces trois styles de salsa portoricaine,
-en notant en gras les temps sur lesquels les danseurs font un pas et entre parenthèse les temps « silencieux ».
-en notant le break en rouge:

Au final…

Il existe donc de très nombreuses manières de caler ses pas de salsa au niveau des temps musicaux…Et il existe encore bien d’autre cas… Je me suis volontairement limitée aux comptages les plus couramment enseignés, mais vous pouvez consulter l’article intitulé « Le sexe des anges » pour avoir plus de détails.

Tout ceci concerne la portoricaine… mais en cubaine me demanderez-vous, n’y a t-il pas différentes manières de danser? Si: on peut danser la cubaine sur le 1 ou sur le 3, avec ou sans tapé… mais les danseurs cubains ne définissent pas différents styles en fonction de ces paramètres. Tout est regroupé sous la même appellation.

Et de fait, pour moi, les différents styles de portoricaine sont un peu arbitraires:
– Certes, ils comportent des différences au niveau du comptage (voir ci-dessus!) ou des effets stylistiques (gestuelle plus dynamique du LA style, gestuelle plus sensuelle du NY style).
Certes, le pas du base du « tipico style » est réellement différent. Mais le « tipico style », dansé par le grand professeur New-Yorkais Eddie Torres, n’est pas du tout enseigné à Paris.
A Paris, seul le « LA style » et le « son montuno style » sont enseignés. Et au-delà des comptages et des effets stylistiques, cela reste exactement la même danse du point de vue technique (pas de base et passes).

Et l’intérêt pratique de tout ça?

En fait, pour moi, le fait de danser sur différents temps est lié au différents styles musicaux de salsa.

Sur des morceaux de timba sur lesquels se danse idéalement la cubaine, le temps 1 est particulièrement accentué dans la musique. Il est donc logique de faire le pas arrière, le pas le plus dynamique, sur le 1 musical.

Sur des morceaux de salsa romantica (comme ceux de Frankie Ruiz par exemple), le temps deux s’entend très bien (marqué par l’un des instruments, la clave). Il est donc assez facile de commencer sur le temps 2. De plus, comme le temps 2 n’est jamais le temps fort, même s’il est accentué, les danseurs vont souvent avoir tendance à frapper le sol moins fort. Donc selon moi, danser sur le 2 augmente spontanément la fluidité et réduit les cassures au sein de la danse.

En revanche, sur des morceaux très dynamiques comme le mambo, la salsa portoricaine dansée sur le 1 est beaucoup plus adaptée au style musical. D’une part, le temps 2 est peu accentué, et d’autre part ce type de musique donne envie de bouger rapidement, et de privilégier le dynamisme et non la fluidité.

En fait, je pense que en portoricaine, danser sur le 1 ou sur le 2 est un choix personnel du couple de danseurs. En fonction du morceau, il aura envie de faire le pas arrière sur le 1 ou sur le 2, et commencera sur le temps qu’il ressentira le mieux.

Une petite disgression sur la plena et la cumbia…

La plena et la cumbia sont elles aussi des musiques à quatre temps. Mais comme elles ont souvent un tempo plus soutenu que la salsa, elles se dansent en faisant moins de pas. Le pas de base est très similaire à celui de la salsa, mais il y a deux temps supplémentaires qui deviennent silencieux: le 2 et le 6: 1-(2)-3-(4)-5-(6)-7-(8).

Mais la limite entre plena et salsa est parfois floue : ainsi, des morceaux comme « Manana por la manana » de Plena Libre peuvent se danser en pas de cumbia comme en pas de salsa…

Et en conclusion: Dansez sur le 1, sur le 2, en tapant ou en pointant, tout est bon! Du moment que vous êtes à l’aise et que vous vibrez sur la musique… et évidemment que votre partenaire danse sur le même temps que vous !

Ribard
Paris, juin 2000

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